Ma Formation

Je suis diplômé praticien en hypnose éricksonienne, certifié par Josick Guermeur (formation xtrema).

Mon but ici n’est pas de donner mon avis sur xtrema et ma formation initiale à l’hypnose, mais d’expliquer quel est pour moi le but de toute séance d’hypnose. En attendant, lorsque j’ai souhaité poursuivre ma formation avec Josick Guermeur, ce dernier m’a répondu que mon approche interprétative, telle qu’elle apparaît sur mes sites internet, n’était pas compatible avec l’hypnose Ericksonienne.

Disqualifier une pratique thérapeutique sans même échanger directement avec le praticien concerné ne relève pas vraiment du rapport humain (à égalité) que sous-entend pour moi le terme de communication, et cela ne m’a certainement pas aidé à vivre sereinement cette période de doutes. J’ai été enseignant, et toute relation basée sur ce qu’on appelle la position haute (notamment dans les formations aux thérapies brèves où, justement, on apprend la position basse) m’apparaît contestable à un moment ou un autre. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », bien heureusement l’affirmation de Nietzsche se vérifie chaque fois. Mais avant cela, et au-delà de tous les reproches que je pourrais formuler sur la méthode et les croyances de Josick Guermeur, j’ai dû m’interroger à tous les niveaux sur la compatibilité entre l’hypnose et mon intérêt pour la psychanalyse et la psychologie en général, et l’œuvre de Jung en particulier.

Effectivement mon intérêt pour l’inconscient a commencé par l’interprétation des rêves nocturnes, et je continue, dans cette pratique, à longer les limites de la conscience, à frôler cet espace où l’inconscient prend forme, ou des mots peuvent même le dire, mais pour abdiquer en même temps face à son illimité, aux portes de l’indicible. Une approche interprétative des rêves recherche exactement cela, une conscience active pour renouveler chaque fois l’expérience d’une acceptation de ses propres limites en même temps qu’une ouverture à l’esprit créatif, à l’inconscient. J’ai développé précisément ce positionnement dans mon livre « Rêver pour être ».

Ma formation (beaucoup plus longue d’ailleurs que les quelques jours nécessaires à toute certification dans le domaine de l’hypnothérapie) au sein de l’EREL (Ecole du Rêve Eveillé Libre), mes supervisions avec Florence puis Gérard Taquoi, tout mon travail de recherche sur le symbolisme et l’inconscient, mais aussi ma propre analyse, ma pratique quotidienne de la méditation de pleine conscience, du yoga, m’ont conduit à cette conviction que toute thérapie repose sur un ajustement entre conscient et inconscient, entre le Moi et le Soi en langage jungien. Il ne s’agit pas de considérer le mental comme un encombrant, voire même un ennemi, le conscient comme une résistance au changement à mettre K.O. pour ensuite pouvoir travailler en silence, mais bien au contraire de l’associer totalement au processus d’évolution visé.

Or cette conviction, qui guide ma pratique et explique mes choix thérapeutiques, ne s’oppose pas vraiment à l’hypnothérapie si l’on se réfère à quelques références en la matière. Ainsi en PNL, dans l’utilisation de l’outil extrêmement puissant du recadrage en six points élaboré par Richard Bandler et John Grinder et souvent utilisé en hypnose, il est conseillé d’associer le conscient à ce travail principalement inconscient. « Je prétends pouvoir faire un recadrage en trois minutes avec n’importe qui, mais pas si j’implique son esprit conscient. Il me faut dix fois moins de temps pour obtenir les mêmes changements si je n’implique pas l’esprit conscient de la personne. Cependant, je pense vraiment qu’impliquer l’esprit conscient du client est une caractéristique désirable de ce modèle car cela lui apprend à être autonome au bout d’un certain temps. Il est impliqué d’une façon positive et participative au niveau conscient pour obtenir ces changements donc, plus tard, il lui sera plus facile d’utiliser tout seul le même processus. »(1)

De son côté, Stephen Gilligan, fondateur avec Robert Dilts du mouvement dit de l’hypnose de troisième génération, d’ajouter : « je crois qu’Erickson poursuivait l’erreur de la première génération en tenant l’esprit conscient pour fondamentalement peu intelligent et non pour un collaborateur important dans tout processus de changement majeur. Ainsi Erickson fera-t-il recours aux techniques de confusion ou dissociation. »(2) À l’inverse, Stephen Gilligan confie au conscient le rôle de « développer et maintenir un état génératif (centrage, intention positive et ressources), à établir un accordage limbique, puis à laisser l’attention s’ouvrir en périphérie aux multiples voies possibles qui émanent des composantes expérientielles propres à chaque instant. »(3)

De la même façon qu’en hypnose le but d’une séance n’est certainement pas de comprendre consciemment ce qui s’est passé, en rêve éveillé le thérapeute ne recherche aucunement à ramener au conscient ce que l’inconscient a apporté. Chaque fois il s’agit simplement de faire une expérience, inconsciente évidemment, mais à laquelle la conscience participe également. Ces deux pratiques, bien plus qu’opposées, se rejoignent et les fondateurs de la PNL, Richard Bandler et John Grinder, justifient quant à eux l’utilisation de l’imagination guidée, du rêve éveillé, pour permettre à une personne de créer dans son modèle du monde des représentations d’expériences non suffisamment vécues. « D’après notre expérience, nous avons découvert que l’imagination guidée prenait souvent la forme d’une métaphore plutôt que d’une représentation directe du problème que le patient identifie tout d’abord. Par exemple, une patiente vient à une séance de thérapie en se plaignant de ne pas être capable de se mettre en colère contre quelqu’un avec qui elle travaille. En utilisant les techniques du méta-modèle, nous découvrons que la patiente se sent aussi incapable de se mettre en colère contre son père et contre son mari et en réalité elle est incapable d’identifier quiconque contre qui elle sent qu’elle pourrait se mettre en colère. Il existe un certain nombre de techniques disponibles dans le méta-modèle pour remettre en question cette généralisation ; toutefois, l’imagination guidée est particulièrement appropriée pour des situations dans lesquelles le patient a peu ou pas de représentations dans son modèle pour de telles expériences. Si, au travers de la technique de l’imagination guidée, la patiente arrive à exprimer de la colère contre quelqu’un dans son imagination (peu importe qui), alors elle aura créé une nouvelle structure de référence qui contredit la généralisation de son modèle. Souvent, une fois que le patient a généré avec succès des structures de référence qui contredisent la généralisation de son modèle, la généralisation disparaît et les problèmes qui résultaient de cette généralisation disparaissent également ou sont détruits. »(4)

Lorsque j’analyse un rêve nocturne, comme lorsque je reçois un rêve éveillé, où que j’utilise la transe hypnotique, mon seul objectif reste de remanier les filtres à travers lesquels nous éprouvons le monde. Bien souvent il est vrai ce travail ne simplifie nullement notre compréhension de la réalité bien au contraire, mais cette complexité pour la conscience est une condition pour laisser à l’inconscient tout le jeu indispensable à son propre fonctionnement.

(1) R. Bandler J. Grinder, Le recadrage, Paris, Interéditions, 2014, p. 153.

(2) Entretien avec Stephen Gilligan par Heini Frick – Allemagne 2009 (trad. L. Rossier), tiré de la revue de la Société Médicale Suisse d’Hypnose (02/2010).

(3) S. Gilligan, L’hypnose générative, Interéditions, 2015, p 267.

(4) R. Bandler J. Grinder, La Structure de la Magie I, Paris, Interéditions, 2016, p. 206.